Le coup du parapluie

Le parapluie officiel du cinquantenaire, offert aux invités de la cérémonie, les attendait sur leur chaise en plastique pour les protéger du soleil de plomb. Mais dans la section réservée à un échantillon du petit peuple, c'est vite la foire d'empoigne : le parapluie s'échange 10$ pièce sur les marchés de Kinshasa, et on se précipite pour en ramasser le plus possible. Plus tard, les organisateurs devront passer dans les rangs pour s'assurer que chacun ne conserve qu'un exemplaire. A la fin de la cérémonie, même ruée sur les chaises en plastique : elle seront toutes emportées par les invités.

L'applaudimètre du défilé

Parmi les milliers de militaires défilant sur le boulevard Triomphal, les plus applaudis sont sans conteste les médecins de l'armée, qui ont reconstitué sur des camions des salles de soins et des blocs opératoires. Les vétérans de la deuxième guerre mondiale, bardés de médailles belges, reçoivent eux aussi un accueil chaleureux.

Quant aux moins ovationnés, ce sont... les casques bleus de la Monuc. Lorsqu'on interroge les habitants des zones de conflits, ils réclament à cor et à cris le maintien de la force onusienne, malgré les critiques sur son efficacité. Mais à Kinshasa, les soldats de la paix défilent dans un silence de mort. De là à dire que la petite foule d'invités triée sur le volet par le gouvernement, qui souhaite leur départ, a reçu des instructions...

Equipement tout juste livré

Dès le passage des troupes à pied, qui ouvrent le défilé, les uniformes et les armes flambant neuves attirent les regards. Les sacs à dos en toile synthétique des soldats portent tous les mêmes froissures aux mêmes endroits, trahissant une sortie récente de leur emballage. Les fusils rutilants ne présentent aucune rayure. Chaque groupe de militaires est suivi d'une odeur de plastique neuf.
Arrivent ensuite les unités motorisées, elles aussi truffées de véhicules tout juste importés. Aucune poussière n'est visible sous les garde-boues des camions Mercedes Unimog surmontés de mitrailleuses lourdes. Certaines jeeps ont encore sur le pare-brise l'autocollant de Demimpex, l'un des principaux importateurs de véhicules du pays. D'imposants camions de fabrication chinoise, eux aussi en rodage, tractent des canons ou portent des orgues de Staline (photo).
Le contraste avec l'équipement plus ancien est frappant. Un vieux blindé amphibie semble tout droit sorti du débarquement de Normandie, tandis que la dizaine d'appareils qui survole la scène et forme la majorité des forces aériennes connues de la RD Congo offre un bel échantillon des modèles conçus depuis l'indépendance.

Mobutu, le retour

Après les militaires, place aux partis politiques. L'Udemo, le parti mobutiste désormais membre de la majorité qui soutient le président Joseph Kabila, défile avec à sa tête un sosie du maréchal lui-même. Toque en léopard, lunettes carrées, canne traditionnelle : rien ne manque au portrait de l'ancien dictateur, dont la photo grandeur nature suit quelques mètres derrière.

Kamehre, le retour aussi ?

Après le défilé, les VIP gravissent les marches du Palais du Peuple, siège du parlement. Vision peu commune depuis son éviction du perchoir de l'Assemblée nationale en mars 2009, on y retrouve Vital Kamehre, à qui l'on prête des ambitions présidentielles depuis son exil sud-africain.
L'ambassadeur de France Pierre Jacquemot le salue d'une chaleureuse accolade,  accompagné du secrétaire d'Etat français à la Coopération et à la Francophonie Alain Joyandet - preuve que Kamehre n'a rien perdu de son capital-sympathie auprès des chancelleries étrangères depuis sa disgrâce.